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Ces Suisses qui croient aux vins argentins

La ville de Mendoza, au pied de l’Aconcagua et du Tupungato, deux sommets mythiques des Andes, vient de rejoindre le cercle fermé des huit «grandes capitales du vin» du monde. Des Suisses y sont actifs. Reportage, à l’occasion des premiers «Hyatt Wine Awards».

Les pays émergents utilisent volontiers les concours pour promouvoir leurs vins.
Ainsi, depuis onze ans, une Chilienne, Isabel Saiz, met sur pied, dans un hôtel de Santiago, le Catador Grand Hyatt (
www.catador.cl), qui distingue les meilleures cuvées du pays.
De l’autre côté des Andes, le Hyatt de Mendoza a poursuivi sur la lancée, avec un jury international (
www.hyattwineawards.com.ar).
Dans la grande ville argentine (un million d’habitants dans l’agglomération), le «general manager» de l’hôtel d’origine australienne, Carl Emberson, a d’emblée compris, quand il est arrivé à la tête de l’établissement, il y a un an et demi, l’intérêt que le tourisme peut tirer des attraits vitivinicoles de Mendoza.
A la barbe de sa grande rivale sud-américaine, Santiago du Chili, la cité argentine a rejoint Melbourne, Bordeaux, Le Cap, Bilbao (pour la Rioja), Porto, San Francisco (pour la Napa Valley) et Florence dans le cercle des capitales du vin (
www.greatwinecapitals.com).
Du 12 au 16 novembre 2006 s’y tiendra, du reste, le séminaire («network») de l’association, qui distribue des distinctions annuelles, à l’image du Milestone helvétique.

Les touristes débarquent


«Wine enthusiast», amateur de golf, Carl Emberson a fait ses classes à l’Ecole des Roches, à Bluche (VS), où il a connu son épouse, belge…
Et c’est, naturellement, dans le hall du Hyatt qu’on a rencontrés deux Suisses liés au monde viticole de ce haut-plateau (entre 600 et 1200 m. d’altitude).
Le plus âgé, Peter Meuli, 53 ans, a décidé de conjuguer tourisme et vignoble (lire l’encadré).
Le plus jeune est… un vieux de la vieille à Mendoza.
A 37 ans, le Bernois Hubert Weber dirige depuis dix ans les caves de la maison Weinert.
Discrète, elle ne met jamais ses vins dans les concours… Mais elle ouvre volontiers les portes de ses caves monumentales, construites à la fin du 19ème siècle, aux touristes.
«On en accueillait mille il y a dix ans et 60'000 en 2005», explique l’œnologue, formé à Wädenswil (ZH).
Il se souvient de son premier contact avec le vin argentin.
«J’ai bu un assemblage Cavas 1985 à la Berner Weinmesse.

J’aimais les vins rouges valaisans, les merlots tessinois.
Ce rouge-là était vraiment différent.

De le boire m’a convaincu de sortir de Suisse.» 
Cet assemblage (40% de cabernet sauvignon, 40% de malbec et 20% de merlot) avait été mis au point par Jean Crettenand, l’œnologue fédéral suisse, en 1977.
(
www.bodegaweinert.com)

Un malbec unique au monde


En 1996 («le 26 janvier»), Hubert Weber débarque à Mendoza ; l’année suivante, il succède au responsable des vinifications.
Il épouse une Argentine, qui lui donne deux garçons et une fille.
Le vin-fétiche de la cave, c’est lui qui l’a mis en bouteille, en novembre 1997.
Il s’agit d’un malbec, la variété qui, aujourd’hui, fait la fierté du vignoble argentin.
Ce vin, un 1977, a séjourné dix-neuf ans dans de grands foudres en chêne, qui ont quatre-vingt ans d’âge…
L’«Estrella», est toujours en vente : 100 dollars américains la bouteille, sur place.
Il en reste 1'500 des 25’000 bouteilles.
La prochaine grande cuvée sera un 1994, mis en bouteille dans quatre ans, prévoit Hubert Weber.
«Ce sont des vins uniques au monde, une forme d’exclusivité œnologique et la preuve que le malbec résiste au lent vieillissement oxydatif.
Travailler de tels vins est à la fois gratifiant et émouvant», explique l’œnologue, qui a appris le français à 16 ans chez Bernard Bovy, le vigneron-syndic de Chexbres (VD
).

Une évolution récente

En dix ans chez Weinert, qui appartient à une famille d’origine allemande, émigrée en Amérique du Sud au 19ème siècle et qui réside aujourd’hui à Buenos Aires
(à une heure et demi d’avion de Mendoza…), le Suisse a vu l’évolution des vins argentins.
Formé par des Italiens et d’autres Européens, le pays a toujours consommé beaucoup de vin — fait unique dans le Nouveau Monde — de qualité courante.
Les investissements pour développer de meilleurs vins et pour miser sur l’exportation ne datent que d’une vingtaine d’années.

De la modernité à la tradition

«En 1977, quand Weinert a redémarré sa cave, c’était la plus moderne de Mendoza.
Aujourd’hui, nous sommes considérés comme la plus traditionnelle».
En dix ans, le nombre de domaines est passé d’une dizaine à plus de cent cinquante !
La plupart pratiquent une viticulture de pointe, avec un arrosage au goutte-à-goutte.
«C’est l’influence des ingénieurs agronomes qui considèrent la vigne comme n’importe quelle plante», observe Hubert Weber.
«Mais la vigne doit aller chercher l’eau et les minéraux de la terre et non se contenter d’un arrosage de surface…»
L’œnologue, en faisant déguster un délicieux merlot 2000, à la fois rond et délicatement boisé par un passage non pas en barrique, mais en grand fût, regrette que l’Argentine mise tout sur une seule variété, le malbec.
Et encore, il y a malbec et malbec : «J’essaie de choisir des vignes préphylloxériques, qui ont cent ans d’âge, et produisent 300 à 400 g. de raisin par pied; aujourd’hui, les jeunes plants, nourris au goutte-à-goutte, vont jusqu’à 2,5 kilo par cep !»
Et il regrette qu’à deux pas de Mendoza, on arrache de vieux malbecs pour laisser la place à une agglomération toujours plus envahissante…
                                       
Perspective

Un vin pour Los Amigos


Ex-représentant de l’industrie chimique suisse en Amérique du Sud, Peter Meuli a décidé de refaire sa vie à 50 ans.
«Mon père, pasteur à Davos, avait quelques vignes du côté de Jenins, louées à un vigneron.
Moi, je voulais m’acheter un vignoble.
Il y a dix ans, Mendoza était inconnue ; aujourd’hui, elle est devenue une destination prisée.
On sent très fort le changement…»
La preuve, les 16 premiers hectares de son projet, le Suisse les a vendus à un Américain, le producteur de cinéma John Langley, créateur de la série TV «Cops».

«
Il est venu avec sa femme, l’autre jour, décoratrice d’intérieur, qui a voulu voir comment aménager leur petite maison.»
Le Suisse a acheté 150 hectares de vieilles vignes, avec une option sur 100 hectares en friche.
La vigne elle-même n’a pas grand intérêt : il faudra replanter, dans une région, Barrancas, délaissée par les nouveaux investisseurs, mais qui suscite un regain d’intérêt, grâce à de l’eau en abondance.
Au pied des Andes qui se détachent sur la ligne d’horizon, le Suisse détaille son domaine en parchets.
Au «Mendoza Vineyard Village», pour 150'000 dollars US, on peut acquérir 8 hectares de vigne, une maison simple — elles servaient aux familles des cultivateurs —, le suivi des ceps et l’élaboration de 5'000 bouteilles de vin par an.

S’il faut replanter et irriguer, compter 46'000 dollars de plus...
L’autre volet du projet réside dans la vente de parcelles de vigne plus petites.
La vendange sera vinifiée dans une nouvelle cave à construire, la Finca Los Amigos (
www.fincalosamigos.com).
Le vin existe déjà, élaboré par un œnologue de Mendoza.
Des Suisses s’intéressent à l’affaire : «Dans trois ans, j’aurai tout vendu».
Et d’autres projets du même tonneau, notamment américains, ont surgi.
«J’étais le premier», assure le Grison.