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L'Argentine et ses vins

Entrer dans la danse   Marc Chapleau, Québec, Montréal

Cela n'a pas trop paru - mes textes ont été publiés comme à l'accoutumée - mais j'ai passé la première moitié de novembre en Argentine.
Je faisais partie d'un contingent de... trois journalistes québécois invités là-bas par un regroupement de viticulteurs.

En dix jours, nous avons visité dix-sept maisons et goûté près de quatre cents échantillons.
Ce fut intense, mais agréable. Les Argentins du vin sont très attachants.

À la fois excités comme des Italiens et relax tout ce qu'il y a de plus sud-américain.

Et leurs vins? Ils sont à l'avenant: originaux et parfois déconcertants.
En fait, nous y avons trouvé de tout, comme c'est la norme dans les pays du Nouveau Monde.
Une poignée de grands vins, plusieurs très bons, beaucoup de bons et un nombre assez imposant, près du quart à vue de nez, au mieux passables,
voire carrément mauvais.

Surprenant? Pas vraiment.
L'Argentine a beau être le cinquième plus grand producteur de la planète, elle s'ouvre à peine au monde extérieur.
Confrontés à une consommation intérieure déclinante, les viticulteurs n'ont d'ailleurs pas eu le choix.
Ce boum dans les exportations - encore très modestes - a commencé voilà une bonne dizaine d'années.

Mais, à l'évidence, un géant comme celui-là, le dernier grand pays vinicole à investir le marché mondial, ne se revire pas sur un peso...

Le pays vit donc une période de transition.
Les vins vendus uniquement sur le marché intérieur sont d'ordinaire oxydés et défraîchis.
Comme au Chili, du reste.
À cette différence près que le voisin bordé par le Pacifique, du fait de sa petite taille, peut s'appuyer sur une véritable tradition d'exportation.
Alors que l'Argentine n'a elle-même, encore aujourd'hui, que peu d'idées quant à ce qu'elle doit proposer à sa clientèle étrangère pour se distinguer
et écouler ses surplus.

S'ils ne manifestaient pas une réelle ouverture d'esprit, on pourrait penser des Argentins qu'ils veulent seulement «fabriquer» des vins, et sur mesure par surcroît.
Or il n'en est apparemment rien, puisqu'ils sollicitaient là-bas avec insistance notre avis pour, disent-ils avec une évidente sincérité, s'améliorer et raffiner leur production.
C'en était gênant parfois, de goûter dans une grande pièce avec une armée de professionnels (marketing, oenologie, export) pendus à nos lèvres, dans l'attente
d'un redouté verdict.
Quand les vins étaient bons, cela nous faisait un petit velours d'être écoutés.
Quand c'était le contraire, nous nous échangions à tour de rôle la délicate tâche d'être à la fois honnêtes et... diplomates.

L'essentiel du voyage s'est déroulé dans la grande région de Mendoza, au pied des Andes, qui abrite environ 80 % de la production vinicole argentine.
Nous avons aussi passé deux jours dans l'éblouissante région de Cafayate, au nord du pays, pas très loin de la Bolivie.
Pour y découvrir, notamment, ce que tout le monde ou presque sait déjà: à savoir que les cépages torrontes (blanc) et malbec (rouge) sont peut-être les plus typiques, les plus argentins du lot.

Mais il faut nuancer.
Tous les malbecs et torrontes ne brillent pas.
Là comme ailleurs, la signature du producteur fait foi du résultat.
À l'inverse, certains cabernets sauvignons, chenins et sémillons, seuls ou assemblés, réservent de belles surprises.

Même chose pour le pinot noir, la syrah et le savoureux bonarda, un vinifera utilisé notamment en Asti, dans le Piémont italien.

D'une manière générale, les rouges n'éclipsent pas vraiment les blancs.
Certaines maisons excellent avec les uns, et nous ont embarrassés avec les autres.

Rarement les vins d'un même producteur sont-ils à peu près tous bons.
Autrement, le défaut le plus courant, le plus criant, c'est le niveau d'acidité élevé dans les rouges et le sucre résiduel dans les blancs.
La grande majorité des vins argentins, blancs comme rouges, sont en effet acidifiés.

Il n'y a là rien de répréhensible en soi.
Cela se fait couramment en Australie, en Californie, en Europe aussi.
Mais en Argentine, à Mendoza du moins, les tannins, l'alcool et l'acidité se conjuguent souvent pour donner une fin de bouche qui, sans arracher la gueule,
vous laisse tout de même bouche bée...

Les Argentins, bons joueurs, ne s'en cachent pas. Si notre réaction les a surpris - «Vous êtes les premiers à nous dire cela!» -, leur soif d'apprendre, de connaître, prend vite le dessus.

On a d'ailleurs l'impression qu'ils ont tout en main - le climat, les raisins, la technologie et de plus en plus d'argent -, mais qu'il leur reste à intégrer ces outils.
Il leur reste aussi à augmenter leur confiance et leur estime de soi.
Ils doivent s'adapter aux différents marchés, certes, mais ils doivent aussi tous ramer dans le même sens, pour que l'offre, à défaut d'être unique, soit unifiée.
Après des années de repli sur soi, le colosse argentin est bel et bien réveillé.
Il parle, il marche, se déplace.
D'ici une décennie, si tout se déroule comme prévu, il devrait pouvoir nous en mettre plein la vue avec un délicieux tango de son cru.

Sortir du bois    Marc Chapleau, Québec, Montréal

Vous connaissez le refrain: tel pays vinicole a le potentiel pour réussir, il ne lui manque que ceci pour briller, cela pour se démarquer, moins de rendement,
des raisins plus sains, peu de filtration et un usage modéré - voire sporadique - de la barrique.

C'est tout simple, en apparence.
On pourrait même dire qu'il s'agit d'une recette.
Mais voilà, les impératifs commerciaux, le manque de vision et aussi la précipitation font parfois en sorte que les vignerons tournent les coins ronds.
D'ordinaire, le résultat ne trompe pas.
Le vin, dans le verre, parle: s'il a quelque chose à se reprocher, cela se sent, cela se goûte.
Il arrive cependant que la prise d'un raccourci ne porte pas vraiment à conséquence, comme j'ai pu le constater en Argentine.

Là-bas, comme fréquemment en Californie et peut-être aussi en Australie, on «aromatise» le vin avec du bois au lieu de le faire fermenter ou vieillir dans de bons vieux tonneaux.
À l'aide de copeaux (parfois aussi peu que cent grammes) qu'on met à infuser dans la cuve et, souvent, aussi, au moyen de douelles (planches) qu'on y met à tremper, non seulement le vin prend-il ce goût fumé-vanillé si recherché, mais ses tannins s'assouplissent.
Un peu comme s'il avait été soumis à une lente oxygénation, ainsi que le permet la barrique ou encore la technique du microbullage.

Le procédé permet d'économiser temps et surtout argent, une barrique neuve de chêne français coûtant aujourd'hui près de mille dollars.
Habituellement, le recours aux copeaux donne un vin au boisé moins bien fondu, moins bien intégré.
En Argentine toutefois, mes confrères et moi étions souvent les premiers surpris d'apprendre que tel ou tel chardonnay ou malbec, que nous avions aimé,
avait subi un «passage en copeaux».

Or les Argentins, je le disais la semaine dernière, ne s'en cachent pas.
On nous a volontiers fait voir des copeaux, on a même exhibé sans vergogne à table une douelle rendue violacée par son trempage dans une cuve.
Les Californiens, déjà, sont plus... circonspects.
Quant aux Français, n'en parlons pas!
Signalons tout de même qu'une bonne part des copeaux de chêne sud-américains proviennent de France, où l'industrie de la tonnellerie, à l'évidence,
ne crache sur aucun sous-produit.
(Si on ne s'offusque pas de l'artifice «tant que le résultat final est bon», que penser toutefois, à l'échelle mondiale, des concentrés de cassis ou de framboise versés dans les cuves pour obtenir le goût caractéristique si prisé des consommateurs? Où s'arrête la nature; où commence l'arnaque?)

Tandis que ces graves questions d'éthique vous turlupinent, un mot maintenant sur les principales maisons argentines visitées au début du mois.
La majorité des vins n'étant pas encore distribués sur notre marché, je ne vais pas m'éterniser.

Etchart: l'une des plus belles surprises. Dans l'ensemble, des vins au fruit exubérant, pas trop acides, aux saveurs pures et nettes.

Trapiche: l'oenologue français Michel Rolland aidant, peut-être les vins les mieux adaptés à notre palais au fond si peu nord-américain.

Finca Flichman: cuvées haut de gamme trop boisées, tannins asséchants; bonne syrah cependant.

Norton: qualité élevée malgré une astringence parfois assez marquée; assemblage Privada, de type bordelais, proche du sommet.

Luis Segundo Correas: coup de théâtre! Des vins fruités, généreux et bien structurés, qui rappellent ceux du Languedoc.

Domaine Vistalba: blancs et rouges concentrés et profonds, irréprochables.

Luigi Bosca: les blancs les plus fins et les plus purs du voyage, mais des rouges souvent pointus et acidulés.

Catena: inexplicable déception, sauf pour la vibrante gamme «Alta».

Jacques et François Lurton: blancs quasi tous sucrés, mais beau torrontes et gammes Reserva et Gran Lurton de haute volée.

Nieto Senetiner: très bons chardonnay, merlot et tempranillo.

Weinert: on peut acheter les yeux fermés; Malbec 1977 fabuleux, encore jeune et vingt mille bouteilles toujours en stock,
qui se vendraient ici autour de 125 $.


Humberto Canale: simplicité, fraîcheur et belle constance; encourageant.

La Agricola: très correct assemblage sangiovese/bonarda et Cabernet Sauvignon «Q» 1998 dense et bien fruité.